Un événement, par Jean Leymarie

Jean Leymarie est journaliste. Il est responsable de « l’invité éco », sur France Info, émission au cours de laquelle il interviewe, chaque soir, un acteur de l’économie. Il plonge ici dans ses souvenirs et son agenda pour mettre au jour le hiatus entre l’apparition effective du coronavirus et le moment où nous avons su le voir.

Illustration : boussole, par Jean-Jacques Lequeu (1757-1826). Copyright Gallica

Dès la fin du mois de janvier, l’épidémie était à nos portes, sous nos yeux, dans nos hôpitaux déjà. Nous l’avons observée, de loin. Nous l’avons vue grandir. Nous avons essayé de la comprendre. Et pourtant, pendant plusieurs semaines, nous avons écarté la possibilité du pire, le scénario d’un embrasement, d’une pandémie. Pourquoi ?

Pour tenter d’y voir clair, je suis revenu en arrière. J’ai pris un calendrier. J’ai relevé quelques dates, quelques étapes, quelques signaux, pour retracer la montée en puissance de ce « virus chinois », comme l’a longtemps nommé Donald Trump.  Le 24 janvier, le 11 février, le 4 mars, de quoi avais-je conscience ? Et qu’est-ce qui m’échappait ? Que disaient les dirigeants, les spécialistes ? A ce calendrier rétrospectif, j’ai mêlé d’autres dates, celles de mes émissions.  Je suis journaliste. Chaque soir, à la radio, sur France Info, j’anime une émission économique. Je reçois et j’interviewe un invité, choisi en fonction de l’actualité.

Ce regard rétrospectif est partiel, subjectif, entaché d’amnésie. Je ne saurais dire quand et comment, pour la première fois, j’ai entendu, ou lu, qu’un virus inconnu était apparu en Chine. A la mi-janvier ? Je me souviens en tout cas que le confinement spectaculaire de Wuhan, le 23 janvier, m’est apparu comme un événement extraordinaire. Qu’un régime, fût-ce une dictature, puisse enfermer, littéralement, onze millions d’habitants, et beaucoup plus ensuite, m’a laissé pantois. Image impressionnante, mais image lointaine, encore.

Dès le lendemain, pourtant, le 24 janvier, le virus fait irruption en France. La ministre de la santé, Agnès Buzyn, révèle que trois patients ont été hospitalisés à Paris et à Bordeaux. Les premiers cas européens. Ces trois patients avaient tous séjourné à Wuhan.

Cela alerte-t-il les dirigeants ? L’opinion ? Non, car à l’époque, le virus est encore un sujet largement chinois, avec une excroissance européenne – les trois patients hospitalisés en France. La question majeure est alors celle du rapatriement des Français de Wuhan. Le 31 janvier, environ 200 d’entre eux rentrent au pays. Un avion militaire les a convoyés. Par sécurité, ces Français de Chine sont placés à l’isolement pour quatorze jours, dans un centre de vacances des Bouches-du-Rhône, à Carry-le-Rouet. Des tests seront effectués. La situation semble sous contrôle. En cette fin janvier, pourtant, personne ne souligne un paradoxe : si des Français rapatriés de Chine sont mis à l’écart, par précaution, qu’en est-il des milliers de voyageurs, français ou chinois, qui, depuis des semaines, jour après jour, ont atterri à Roissy, en provenance de Chine ? Je me souviens de ma gêne, de mon incertitude : ces malades potentiels, une fois arrivés, que deviennent-ils ?

Le 3 février, le professeur Renaud Piarroux, chef de service à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, est interviewé sur France Culture. Homme de terrain, il est le premier à avoir compris l’origine de l’épidémie de choléra qui a touché Haïti à partir de 2010. Interrogé sur ce nouveau coronavirus qui sévit en Chine, il ne cache pas son inquiétude, à rebours d’autres médecins : « Il s’agit d’une grande épidémie. Il n’y a pas de doute. Il y a une augmentation très rapide du nombre de cas et de décès. Ca va être compliqué d’éviter que ça devienne une pandémie avec une transmission sur une grande partie des pays de la planète ».

Pandémie. Le mot est lâché. Je ne connais rien aux virus. Mais ce sujet m’importe. Je veux le traiter. Je pressens qu’il est lourd de menaces, même si je suis incapable de les mesurer. Au début de ce  mois de février, ce qui me frappe, ce sont d’abord les conséquences économiques. L’économie chinoise, déjà ralentie depuis plusieurs mois, est frappée de plein fouet. Les usines ferment les unes après les autres. Le vendredi 7 février, je reçois David Baverez. Cet investisseur français travaille à Hong-Kong. Il est rentré d’Asie quelques jours plus tôt. Rassurant, il estime que l’épidémie devrait avoir, « à court terme », « un impact économique plus faible qu’on ne croit ».

Le 8 février, le virus fait à nouveau irruption dans l’actualité française. Cette fois en Haute-Savoie, aux Contamines-Montjoie. Cinq Britanniques ont contracté la maladie. Quelques jours plus tôt, ils avaient séjourné dans un chalet, avec un de leur compatriote de retour de Singapour. Qui ont-ils pu contaminer ? La ministre de la santé annonce « une opération importante d’identification des cas contacts ». Deux écoles sont fermées.

Le mardi 11 février est un tournant. Ce jour-là, sur le site du Guardian, je découvre les déclarations du professeur Gabriel Leung. Ce grand épidémiologiste de Hong Kong est un spécialiste du SARS de 2002-2003. Il estime que si le nouveau coronavirus n’est pas maîtrisé, il pourrait toucher 60% de la population mondiale. Je lis et relis ces chiffres. Je suis abasourdi. J’essaie d’évaluer, d’imaginer les effets d’un virus touchant les deux tiers des humains. Gabriel Leung est en route pour Genève, où l’Organisation mondiale de la santé a réuni plusieurs centaines de spécialistes des coronavirus – certains s’expriment à distance, en vidéoconférence.

Le soir-même, sur France Info, je reçois Augustin de Romanet, le patron des Aéroports de Paris, et donc de Roissy, « l’aéroport d’Europe qui a la plus grande connectivité avec la Chine », précise-t-il : « Nous avons 14 destinations entre Taïwan, Hong Kong et la Chine continentale ». Le patron d’ADP explique que des équipes médicales sont mobilisées à l’atterrissage et que chaque passager, à son arrivée, reçoit des masques et « un flyer », avec « des règles de comportement » si des symptômes apparaissent. Ces mesures sont-elles suffisantes ? Oui, selon Augustin de Romanet, puisque « ce sont les prescriptions du ministère de la santé ».

Le 14 février, un touriste chinois de 81 ans meurt à Paris, à l’hôpital Bichat, où il avait été admis le 25 janvier. Ce décès lié au coronavirus est le premier hors d’Asie, et il intervient en France. Cette nouvelle est une étape majeure. Mais le même jour, le 14 février, un autre événement, de tout autre nature, supplante le précédent : Benjamin Griveaux, candidat à la mairie de Paris, jette l’éponge ; des vidéos sexuelles, qui lui sont attribuées, ont été diffusées sur internet. Ce rebondissement politico-sexuel prend le pas sur tout autre événement. Le décès du touriste chinois disparaît dans les limbes de l’actualité.

« L’affaire Griveaux » occupe les médias de manière intense, pendant tout le week-end, jusqu’au dimanche 16 février, où les deux événements – le développement de l’épidémie et le coup de théâtre dans la campagne des municipales – se télescopent : la ministre de la santé, Agnès Buzyn, annonce qu’elle quitte son poste pour prendre la relève de Benjamin Griveaux et tenter de devenir maire de Paris. Le premier tour des élections municipales est prévu le 15 mars.

Dans les jours qui suivent, les événements s’accélèrent. Le 22 février, les premiers décès surviennent en Italie. Au même moment, plus de deux mille personnes participent, à Mulhouse, à un grand rassemblement évangélique. En contact étroit, elles créent un immense foyer de contamination. Personne ne le sait encore.

Le 26 février, un enseignant de Crépy-en-Valois, dans l’Oise, décède à son tour. Le département devient un foyer épidémique. Les habitants des départements voisins, ceux de l’Ile-de-France, regardent ce « cluster » avec circonspection. Lorsqu’un reporter de France Info se rend dans cette zone, il doit ensuite désinfecter tout son matériel.

Le même jour, le 26 février, je reçois sur France Info Alexandre de Juniac, l’ancien patron d’Air France, aujourd’hui à la tête de l’IATA, l’association qui regroupe les plus grandes compagnies aériennes du monde. Le dirigeant estime que « des compagnies aériennes sont en danger », économiquement, car nombre d’entre elles ont dû suspendre leurs liaisons avec la Chine, et globalement « la baisse des réservations est absolument considérable ». Il estime alors que le secteur pourrait perdre jusqu’à 30 milliards de dollars. Mais Alexandre de Juniac affirme en même temps qu’il « n’y a pas de restriction à imposer aux voyages, en suivant les recommandations de l’OMS ». L’ancien patron d’Air France invite les voyageurs « à se laver les mains » et à « éviter les contacts physiques » à bord.

A Lyon, ce même soir, les « contacts physiques » sont nombreux. L’Olympique lyonnais reçoit la Juventus de Turin. Environ 3000 supporters italiens font le déplacement. Le match de football est maintenu. Le maire de Lyon, Gérard Collomb, ancien ministre de l’intérieur, ne s’y oppose pas. D’autres élus de la métropole dénoncent, eux, une décision « irresponsable ».

Le 28 février, j’interviewe Arnaud Vaissié, le fondateur du groupe International SOS. L’homme, peu connu du grand public, a pourtant créé le leader mondial de l’assistance aux multinationales en matière de santé. Son groupe, fort de 12 000 salariés, est présent dans 90 pays. Arnaud Vaissié a une longue expérience des épidémies. Quelques semaines plus tôt, son entreprise a participé au rapatriement des Français de Wuhan. Ce 28 février, il considère encore que le risque est « relativement faible ». Il évalue la nouvelle épidémie à l’aune des précédentes, le SARS de 2003 et le H1N1 de 2009, et estime qu’il y a encore « peu de pays à risque ». Il insiste : « en prenant les bonnes mesures, on arrive à contenir l’épidémie ».

Le lendemain, le samedi 29 février, le chef de l’Etat réunit un conseil des ministres exceptionnel, consacré à la situation sanitaire. A la sortie, le nouveau ministre de la santé, Olivier Veran, annonce que les rassemblements confinés de plus de 5000 personnes sont désormais proscrits.  Mais l’après-midi même, le premier ministre monte à la tribune de l’Assemblée nationale pour intervenir sur un tout autre sujet. Il annonce le recours à l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter la réforme des retraites, si controversée. La décision a été actée le matin même, lors du conseil des ministres consacré à l’épidémie. La bataille des retraites revient au premier plan.

En cette dernière semaine du mois de février, l’épidémie est omniprésente dans les medias. De nombreux reportages y sont consacrés. Mais le virus n’a pas encore éclipsé le reste de l’actualité. Il est un événement parallèle, inclassable, comme tenu à distance. Ce samedi 29 février, la cérémonie des Césars donne lieu à une vive polémique : Roman Polanski méritait-il d’être récompensé ? Les esprits s’échauffent, les insultes fusent. Le coronavirus passe, une fois encore, au second plan.

En France, l’épidémie est peu meurtrière encore. Les hôpitaux ne recensent que 130 cas confirmés, et deux décès. Les conséquences économiques, elles, sont déjà majeures, et de plus en plus concrètes pour les entreprises. Le lundi 2 mars, sur France Info, François Asselin, le président de la CPME, qui représente les petites et moyennes entreprises, demande pour la première fois que soit créé un « état de catastrophe sanitaire », sur le modèle de la « catastrophe naturelle ».

Dans les jours qui suivent, nos invités, sur France Info, exposent et détaillent, les uns après les autres, la dégradation du climat économique : le 4 mars, George Ugeux, l’ancien vice-président de la bourse de Wall Street ; le 6 mars, Yohann Petiot,  le délégué général de l’Alliance du commerce ; le 9 mars, Roland Heguy, le représentant des hôteliers qui pressent « un enjeu dramatiquement historique » pour son secteur.

Au même moment, le gouvernement multiplie les annonces : le 4 mars, il réquisitionne les masques ; le 8 mars, il interdit les rassemblements de plus de 1000 personnes, même en plein air. Mais la même semaine, le 6 mars, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, exclut de fermer totalement les écoles, comme l’ont fait les Italiens : « Ce n’est pas la bonne décision », explique-t-il, car « ça paralyse le pays ».  Toujours le 6 mars, le chef de l’Etat et son épouse assistent, au théâtre Antoine, à la représentation de la pièce Par le bout du nez. Selon le producteur Jean-Marc Dumontet, proche du couple Macron, le président précise alors que « la vie continue et qu’il ne faut pas modifier les habitudes de sortie », sauf pour les populations fragiles.

Le lendemain, mon fils doit fêter son anniversaire. La famille est conviée. Faut-il annuler la fête ? Nous la maintenons, mais j’ai dans la bouche un arrière-goût amer. Je suis inquiet. En Italie, les morts se comptent maintenant par centaines. Et la France, le 10 mars, compte 33 décès. Officiellement, près de 1800 personnes ont alors été infectées. Le gouvernement répète que la situation est sous contrôle. Le lendemain, après le conseil des ministres, sa porte-parole, Sibeth Ndiaye affirme : « Notre objectif n’est pas de mettre le pays à l’arrêt ».

Au carrefour de la santé et de l’économie, la protection des travailleurs devient une question brûlante. Le 11 mars, je reçois Philippe Martinez. Le dirigeant de la CGT demande « des mesures exceptionnelles pour protéger les salariés »… mais annonce en même temps une nouvelle mobilisation contre la réforme des retraites, ainsi que des rassemblements, le 31 mars suivant. Est-ce opportun, en pleine épidémie ? Oui, selon, le dirigeant syndical : « C’est le moment de descendre dans la rue », car « les questions sociales sont plus que jamais d’actualité ». Philippe Martinez veut poursuivre ce combat. Il fait écho à Edouard Philippe, le Premier ministre, qui répétait, quelques jours plus tôt, que la réforme des retraites serait définitivement votée « avant l’été ».

Le 11 mars, encore, Angela Merkel déclare que « 60% à 70% de la population allemande sera infectée par le coronavirus ». La chancelière allemande est la première dirigeante occidentale à reprendre publiquement les estimations de certains spécialistes. En France, cette déclaration est peu commentée. Pourquoi ? Je suis secoué. J’appelle un ami démographe. Il regarde les courbes, lui aussi. Et me confirme ce que je craignais : selon les scénarios, la France et l’Allemagne peuvent redouter, chacune, plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de milliers de morts.

Le lendemain, le 12 mars, les marchés boursiers s’effondrent. A Paris, c’est un « jeudi noir » : jamais la bourse n’a autant chuté en une seule journée (12,28%). Toujours sur France Info, j’interviewe Laurence Boone, la cheffe économiste de l’OCDE. Effarée par la violence de la crise, elle dit attendre « des mesures budgétaires très rapides », mais estime que le choc est « temporaire » et qu’il va durer « un mois, deux mois ». 

Le soir même, le chef de l’Etat annonce la fermeture de tous les établissements scolaires à compter du lundi suivant, et le maintien des élections municipales, le dimanche 15 mars.

Le samedi 14 mars, à 20h, le premier ministre décrète la fermeture immédiate des commerces « non essentiels ». Mais confirme le maintien de l’élection, le lendemain.

Le soir du vote, le 15 mars, les hôpitaux français recensent 127 décès.

Le lundi 16 mars, enfin, le président de la République annonce le confinement de la population à partir du mardi midi. Il décrit l’épidémie comme une réalité qui semblait « lointaine » mais qui est devenue « immédiate, pressante ».

Je reprends ces quelques notes, avec le sentiment d’un immense décalage. Décalage entre l’événement qui prenait de l’ampleur et notre réaction collective, trop tardive, trop timorée. Nous n’y avons pas cru. Quand et comment sommes-nous passés du « lointain » au « pressant » ? Longtemps, nous sommes restés incrédules.

Le manque d’expérience a pesé lourd. En France, en Europe, nous avons perdu la mémoire des épidémies. Les grandes pestes du Moyen-Age semblent presque des légendes. Le choléra de 1832 appartient aux livres d’histoire. Personne, autour de nous, n’a pu connaître la grippe espagnole de 1918, même si certains se rappellent les récits de leurs grands-parents. La grippe de Hong-Kong (1968-1969) a probablement tué 30 000 personnes en France, mais elle n’a laissé, étrangement, que peu de souvenirs. Et si, en 2009, un virus a été particulièrement meurtrier –  le virus H1N1 a provoqué entre 150 000 et 575 000 morts -, il a peu touché notre continent.  Entre un savoir théorique – une pandémie peut survenir – et une connaissance éprouvée – voilà à quoi ressemble une pandémie -, l’écart est abyssal.

Nous avons écarté les signaux faibles. L’intuition rigoureuse du professeur Piarroux ou celle du professeur Leung, dès le début du mois de février, ont eu peu d’échos. Au fil des semaines, l’inquiétude montait mais chacun poursuivait ses activités. Le premier ministre menait sa réforme des retraites, le secrétaire général de la CGT la combattait, les matchs de football se déroulaient, la vie économique poursuivait son cours. Rien ne pouvait et rien ne devait entraver la normalité des jours.

Nous manquons d’imagination. Par peur, sans doute, et par habitude. La famine, la guerre, les catastrophes naturelles, les épidémies ravageuses, ne figurent pas, ou plus, dans notre paysage mental. Elles appartiennent à d’autres époques, à d’autres régions du monde. Nous avons cessé de croire aux événements.

Cette tendance, je crois, s’est accentuée. Nous avons de plus en plus de difficulté à « attendre l’inattendu » – c’est la belle devise d’Edgar Morin. Et pas seulement parce que notre vie collective est devenue moins chaotique que dans les siècles passés, et plus confortable que dans d’autres pays. Cette myopie est aussi affaire de pouvoir. A coups de slogans, de publicités, de sondages, trop de dirigeants politiques, économiques, dessinent un monde parallèle, balisé, un monde de discours. Ce faisant, ils ferment l’horizon. Ils le réduisent. Ils prétendent asservir le réel, le domestiquer, l’évacuer même, lorsque ce réel les gêne.  Ils faussent notre rapport à l’histoire. Ils confèrent à leur parole une aura magique. Mais à quoi sert de prédire le vainqueur de l’élection présidentielle de 2022 si nous ignorons comment se terminera 2020 ?

Lorsque le réel nous rattrape, il est brutal, imprévisible. Quelle que soit l’issue de cette pandémie, les événements vont s’enchaîner, se démultiplier en cascade, dans des directions et des proportions inattendues, positives ou négatives.  Il n’y aura pas de retour « à la normale ». Car en réalité, il n’y a jamais eu de « normalité », de destin tracé.

Cette incertitude peut être angoissante. Mais elle nous donne, ou nous redonne, un rôle majeur. Notre attention aux événements, notre capacité à les saisir, à les démêler, à en mesurer la portée, va être cruciale. Souvent, nous n’aurons pas les réponses. Mais nous pouvons apprendre, ou réapprendre, à nous poser les bonnes questions. Avec la mémoire de ce que nous avons vécu, mais sans la grammaire du futur. La réflexion combinée à l’imagination, devant une page blanche. Suivant René Char, dans Les feuillets d’Hypnos, il est temps de « mettre en route l’intelligence sans le secours des cartes d’Etat-major ».

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